Le Bonheur avec Spinoza

Spinoza est un point crucial dans la philosophie moderne. L’alternative est : Spinoza ou pas de philosophie… La pensée doit absolument s’élever au niveau du spinozisme avant de monter plus haut encore. Voulez-vous être philosophes ? Commencez par être spinozistes ; vous ne pouvez rien sans cela.

Georg Wilhelm Friedrich Hegel,Leçons sur la philosophie de l'histoire, 1822-1830

Si dans les philosophes ayant peuplé le XVIIème siècle, René Descartes est un nom que peu de gens ignorent. S’il est toujours à la mode de se dire cartésien. Il est un philosophe ayant commencé une œuvre considérable peu de temps après la mort de son illustre prédécesseur, dont le travail reste encore relativement méconnu du grand public.

L’œuvre de Baruch Spinoza nous semble pourtant mériter toute notre attention, tant elle ouvre des possibilités de voir le monde et les humains qui l’habitent sous un nouveau jour. Elle est notamment un puissant remède à des sentiments très rependus aujourd’hui : tristesse, résignation, culpabilité, désespoir…

Elle a cependant un inconvénient majeur, c’est sa difficulté d’accès qui a probablement participé au fait qu’elle ne soit exploitée que longtemps après la disparition de son auteur. En effet, l’Éthique, ouvrage colossale de Spinoza, rédigé en latin entre 1661 et 1675, avait la forme d’un traité mathématique (science reine à l’époque) composé de démonstrations aux méthodes empruntées à la géométrie.

Nous disposons aujourd’hui, notamment en France, d’une chance qu’il faut saisir. De nombreux-ses intellectuel-le-s lisent, traduisent, digèrent et vulgarisent la pensée de celui qui fut exclu de la religion juive pour ses idées et vécut une existence modeste, partagée entre la philosophie et la confection d’instruments optiques. Ainsi, il nous est désormais possible de nous familiariser avec une vision de l’être humain porteuse de bien-être individuel et collectif et d’action (notamment politique, nous le verrons dans un prochain article).

La musique est bonne pour le mélancolique, mauvaise pour le malheureux, mais pour le sourd, elle n’est ni bonne ni mauvaise… […] Les hommes se trompent quand ils se croient libres (au sens d’une liberté absolue, ndla); car cette opinion consiste en cela seul qu’ils sont conscients de leurs actes mais ignorants des causes qui les déterminent.

Baruch Spinoza, Éthique, II, 35, scolie, 1677

La pensée de Baruch Spinoza nous semble décrire, de manière fidèle, les hommes et les femmes tel-le-s qu’ils-elles sont et non tel-le-s qu’ils-elles pourraient être s’ils-elles étaient parfait-e-s. Pour Spinoza, nous sommes dès notre naissance mis en mouvement par une volonté de poursuivre notre vie (concept de conatus).

Mais contrairement à une vision communément admise, qu’elle soit d’origine religieuse (judéo-chrétienne) ou même cartésienne, pour Spinoza cette volonté ne dépend que très peu de qui nous sommes mais est essentiellement orientée par ce que le monde qui nous entoure nous envoie comme messages (concept d’affections produisant des affects). Il replace donc nos pensées, nos actions, comme soumises à une infinité de forces nous entourant et non plus comme le résultat d’un choix totalement libre, d’un libre-arbitre.

On entrevoit ici un caractère déterministe qui effraie beaucoup celles-ceux qui se revendiquent comme unique cause de leurs états, les mythes libéraux du self made man méritant ou du génie de naissance en prennent un coup. Mais on comprend également que cette influence extérieure peut aussi être la source d’un soulagement du sentiment de culpabilité qui domine dans nos sociétés reposant sur l’idée d’individus peu sensibles à l’influence de leur environnement et donc punissables sur la base de leurs seuls actes. Pour Spinoza, la liberté existe mais elle est à chercher dans la connaissance des mécanismes qui nous orientent à agir de telle ou telle manière et non dans notre capacité à choisir.

Le bonheur tient une place centrale dans l’œuvre de Spinoza. En effet, pour lui, chercher à être heureux est l’essence de l’être humain puisque c’est ce qui augmente notre volonté de continuer à vivre. Les joies augmentent cette dernière, les tristesses la diminuent. C’est donc dans la quête des mécanismes procurant les premières qu’il faut s’efforcer de vivre. Sans assurance du résultat, mais au moins dans l’assurance qu’on ne cherche pas notre propre perte. Nous vous proposons ci-dessous, deux enregistrements radiophonique permettant de mieux s’approprier et d’approfondir cette facette de la pensée spinoziste.

échanges avec Bruno Giuliani autour de son livre Le bonheur avec Spinoza : l’Ethique reformulée pour notre temps

échanges avec Robert Misrahi, l’un des plus grands spécialistes français de Spinoza, autour de son livre La joie d’amour: pour une érotique du bonheur

A voir sur le Web :

Une vie, une œuvre : Baruch Spinoza (1632-1677)

Cours synthétique sur Spinoza

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