Critiquer la télévision avec Pierre Carles

La critique de la télévision est un sujet dont s’est emparé nombre d’auteur-e-s extérieur-e-s à ce média, notamment philosophes ou encore chercheurs en sciences humaines. Notre article Sur la télévision de Pierre Bourdieu en donne l’un des exemples marquants de ces dernières décennies. Mais est-il possible de proposer une critique radicale en étant au cœur de la production des programmes diffusés sur le petit écran ?

Après avoir commencé sa carrière à la télévision, Pierre Carles a fait partie des rares journalistes à vouloir aborder ce sujet. Au début des années 1990, il fut parmi les premiers à réaliser des reportages critiques d’une pugnacité alors rarement observée. Malgré une liberté de ton (soi-disant) croissante ayant suivi la libéralisation du paysage audiovisuel français au cours des années 1980, Pierre Carles va essuyer plusieurs refus de diffusion de ses reportages.

Loin de se résigner à adoucir ses démonstrations pour obtenir l’approbation des chaines pour lesquelles il travaille, Pierre Carles décide au contraire de faire de ses expériences les supports de documentaires qui lui fermeront de nombreuses portes. Faute de diffusion à la télévision française, le journaliste se tourne vers le cinéma pour faire parvenir son travail au public. Deux films d’une trilogie débutée en 1998, nous paraissent constituer de précieuses illustrations de l’analyse de Pierre Bourdieu deux ans plus tôt.

NB : Les films que nous relayons ici sont des reproductions “tolérées” en streaming. Néanmoins, ne travaillant quasiment qu’exclusivement grâce à la vente de ses films de manière indépendante, nous vous incitons fortement à acheter les films de Pierre Carles en DVD ou en VOD. La liberté a malheureusement un prix.

Pas vu, pas pris sorti en salles en novembre 1998, nous montre la difficulté pour les journalistes de s’affranchir des multiples pressions inhérentes à la production médiatique: auto-censure au sein d’une profession corporatiste, pression des dirigeants (de chaine et politiques), luttes de pouvoir… Dans son style sans compromis, le réalisateur pose la question de la possibilité dans ce contexte d’apporter aux téléspectateur-trice-s des vérités qui dérangent en se concentrant sur son expérience avec la jeune chaîne Canal + :

Dans Enfin pris ? sorti en octobre 2002, le propos s’articule cette fois autour de la trajectoire de Daniel Schneidermann ayant pris le parti, à cette époque, de vouloir critiquer la télévision en restant à la télévision. On retrouve dans ce film le lien avec la pensée de Pierre Bourdieu et notamment comment son ouvrage Sur la télévision a divisé toute une profession.

A voir sur le Web :

Articles de l’association ACRIMED sur la télévision

La télévision… Pourquoi pas ? par Usul

Rencontre Pierre Carles et Usul à l’Université Populaire de Bordeaux

Pour suivre le travail de Daniel Schneidermann qui travaille désormais en dehors de la télévision: @rrêt sur images

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