Simone Weil (1909-1943)

Pourquoi bavarder avec elle ?

Alors que d’autres Simone (Veil, de Beauvoir…) connaissent des hommages réguliers et unanimes, il est en est une qui doit se contenter d’un quasi anonymat bien malheureux. L’oeuvre et l’engagement de Simone Weil ont pourtant une portée qui n’a rien a envier à ceux de ses homonymes.

Cette femme courageuse est pour nous l’un des exemples les plus éclatant d’une philosophe qui se frotte au monde. En puisant dans ses relations et ses actes de solidarité avec les opprimé-e-s de son temps, Simone Weil nous a laissé des écrits qu’il nous semble important de défendre face à la menace de l’oubli.

Nos lectures et extraits :

Réflexions sur les causes de la liberté et de l’oppression sociale, 1934

Analyse de l’oppression

« Quant au réformisme, le principe du moindre mal qui en constitue la base est certes éminemment raisonnable, si discrédité soit-il par la faute de ceux qui en ont fait l’usage jusqu’ici ; seulement, s’il n’a encore servi que de prétexte à capituler, ce n’est pas dû à la lâcheté de quelques chefs, mais à une ignorance par malheur commune à tous ; car tant qu’on n’a pas défini le pire et le mieux en fonction d’un idéal clairement et concrètement conçu, puis déterminé la marge exacte des possibilités, on ne sait pas quel est le moindre mal et dès lors on est contraint d’accepter sous ce nom tout ce qu’imposent effectivement ceux qui ont en main la force, parce que n’importe quel mal réel est toujours moindre que les maux possibles que risque toujours d’amener une action non calculée. »

« Un pouvoir, quel qu’il soit, doit toujours tendre à s’affirmer à l’intérieur au moyen de succès remportés au-dehors, car ces succès lui donnent des moyens de contraintes plus puissants ; de plus, la lutte contre ses rivaux rallie à sa suite ses propres esclaves, qui ont l’illusion d’être intéressés à l’issue du combat. »

Tableau théorique d’une société libre

« Le communisme imaginé par Marx est la forme la plus récente de ce rêve. Ce rêve est toujours demeuré vain, comme tous les rêves, ou, s’il a pu consoler, ce n’est que comme un opium ; il est temps de renoncer à rêver la liberté, et de se décider à la concevoir. »

Esquisse de la vie sociale contemporaine

« Le renversement du rapport entre moyens et fins, renversement qui est dans une certaine mesure la loi de toute société oppressive, devient ici total ou presque, et s’étend à presque tout. »

« Là où les opinions irraisonnées tiennent lieu d’idées, la force peut tout. »

« Dans une pareille situation, que peuvent faire ceux qui s’obstinent encore, envers et contre tout, à respecter la dignité humaine en eux-mêmes et chez autrui ? Rien, sinon s’efforcer de mettre un peu de jeu dans les rouages de la machine qui nous broie ; saisir toutes les occasions de réveiller un peu la pensée partout où ils le peuvent ; favoriser tout ce qui est susceptible, dans le domaine de la politique, de l’économie ou de la technique, de laisser ça et là à l’individu une certaine liberté de mouvement à l’intérieur des liens dont l’entoure l’organisation sociale. »

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