Laurent Cordonnier

Pourquoi bavarder avec lui ?

Cet économiste hétérodoxe est sorti en 2014 des chiffres et des ouvrages faisant la critique du capitalisme financiarisé pour publier un roman dystopique. Dans ce dernier, Laurent Cordonnier imagine une société dans laquelle les logiques spéculatives des marchés auraient envahi tous les recoins de nos vies (et oui ça pourrait devenir encore pire qu’aujourd’hui si nous n’y prenons garde).

Ce premier roman, s’il ne peut rivaliser avec les œuvres de certain.e.s maître.sse.s du genre, est un bon moyen d’entourer des méthodes et des concepts, nous paraissant parfois assez lointains, d’affects humains les rendant palpables dans notre esprit et notre chair. Par ce biais, l’urgence de s’opposer aux germes de cette société cauchemardesque ici et maintenant devient sensible !

Nos lectures et extraits :

La Liquidation, 2014

Chapitre IV

« Cela ne lui serait pas venu à l’idée de tourner ses propres ruminations en un discours, et encore moins de les faire remonter à la surface pour alimenter une conversation. Il croyait que ces méditations étaient d’ordre intime, vouées au silence, faites pour être tues, comme l’on tait instinctivement une maladie ou d’autres malheurs. Il découvrait qu’elles pouvaient être formulées tout haut, traduites en énoncés, et acquérir une certaine objectivité pour être échangées. »

Chapitre V

« Il s’était vautré avec une bonne volonté ahurie dans sa nouvelle condition de guerrier économique mais, dans ses méninges, il ne se profilait toujours aucune topographie du champ de bataille, ni de contours bien nets du front. »

« A l’embauche, la fortune d’un candidat était un gage d’allégeance au monde de l’argent, là où un dénuement trop évident renforçait une présomption de scepticisme. »

« Le seul moyen de rétablir ses comptes, feignait-il de croire, était de travailler le plus possible. Sautant fébrilement de la condition nécessaire à la condition suffisante, il avait même commencé à croire aux vertus rédemptrices de l’effort, voire de l’acharnement. Il en venait à scruter dans le flux et le reflux de sa fatigue les signes avant-coureurs de son salut. Il percevait cependant l’horizon d’une sévère épreuve de vérité, en accumulant religieusement les gages de dévotion au culte du courage et du mérite. »

Chapitre VI

« Le soupçon, il le savait confusément, était un jeu sans fin, une puissance dévastatrice qui guettait les âmes fragiles pour les mettre au supplice de leur propre bêtise… laquelle se faisait fort de parvenir à dompter ces forces une fois qu’elle les auraient déchaînées. »

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