Pierre-Joseph Proudhon (1809-1865)

Pourquoi bavarder avec lui ?

Pour ce théoricien socialiste du XIXème siècle, les hommes et les femmes sont produit-e-s par la société qui les entoure et par leurs relations au monde. Ils-elles ne sont pas des individus mus uniquement par leur libre-arbitre et cherchant à maximiser à tout prix leurs intérêts.

Proudhon refuse de voir la richesse collective accaparée par la propriété privée ou d’Etat. Pour lui, la richesse produite par les hommes et les femmes qui travaillent n’est pas réductible à la somme de leurs forces individuelles. C’est une somme complexe qui ajoute à ces dernières tout ce que la société a transmis aux travailleurs-euses ainsi que les bienfaits provenant de leurs relations, de leur association dans la production. Ainsi toute tentative d’accaparement des richesses naturelles ou produites est assimilable à un vol. Aucune inégalité de condition n’est acceptable, pour quiconque.

Le socialisme libertaire (ou l’anarchisme) de Proudhon trouve sa source dans l’activité même des produteur-rice-s de richesse librement associé-e-s et non dans une institution privée ou d’Etat préexistante comme pour Marx. C’est par le bas et par la pratique mutuelliste qu’une alternative crédible et durable au capitalisme peut naître.

NB : nous n’ignorons pas les positions détestables de Proudhon concernant les femmes et l’ordre patriarcal de la famille.

Nos lectures et extraits :

Qu’est-ce que la propriété ?, 1840

chapitre I, Idée d’une révolution

« Notre mal n’est donc pas absolument incurable, et l’explication des théologiens est plus qu’insuffisante ; elle est ridicule, puisqu’elle se réduit à cette tautologie : « L’homme se trompe, parce qu’il se trompe. » Tandis qu’il faut dire : « L’homme se trompe, parce qu’il apprend. » »

chapitre II, De la propriété considéré comme droit naturel

« La liberté est un droit absolu, parce qu’elle est à l’homme, comme l’impénétrabilité est à la matière, une condition sine qua non d’existence ; l’égalité est un droit absolu, parce que sans égalité il n’y a pas de société ; la sûreté est un droit absolu, parce qu’aux yeux de tout homme sa liberté et sa vie sont aussi précieuses que celles d’un autre : ces trois droits sont absolus ; c’est-à-dire non susceptibles d’augmentation ni de diminution […]. »

« Dans l’état de nature ou d’étrangeté, les hommes les plus adroits et les plus forts, c’est-à-dire les mieux avantagés du côté des propriétés innées, ont le plus de chance d’obtenir exclusivement les propriétés acquises : or, c’est pour prévenir cet envahissement et la guerre qui en est la suite, que l’on a inventé une balance, une justice ; que l’on a fait des conventions tacites ou formelles : c’est donc pour corriger, autant que possible, l’inégalité des propriétés innées par l’égalité des propriétés acquises. Tant que le partage n’est pas égal, les copartageants restent ennemis, et les conventions sont à recommencer. »

chapitre III, Du travail comme cause efficiente

« Avais-je tort de dire, en commençant ce chapitre, que les économistes sont la pire espèce d’autorités en matière de législation et de philosophie ? »

« Qu’est-ce que le passeport ? Une recommandation faite à tous de la personne du voyageur, un certificat de sûreté pour lui et pour ce qui lui appartient. Le fisc, dont l’esprit est de dénaturer les meilleures choses, a fait du passeport un moyen d’espionnage et une gabelle. N’est-ce pas vendre le droit de marcher et de circuler ? »

« Le droit de propriété a été le commencement du mal sur la terre, le premier anneau de cette longue chaîne de crimes et de misères que le genre humain traîne dès sa naissance […]. »

« Eclairés aujourd’hui par la marche triomphale des sciences, instruits par les plus glorieux succès à nous défier de nos opinions, nous accueillons avec faveur, avec applaudissement, l’observateur de la nature qui, à travers mille expériences, appuyé sur la plus profonde analyse, poursuit un principe nouveau, une loi jusqu’alors inaperçue. Nous n’avons garde de repousser aucune idée, aucun fait, sous prétexte que de plus habiles que nous ont existé jadis, et n’ont point remarqué les mêmes phénomènes, ni saisi les mêmes analogies. Pourquoi, dans les questions de politique et de philosophie, n’apportons-nous pas la même réserve ? Pourquoi cette ridicule manie d’affirmer que tout est dit, ce qui signifie que tout est connu dans les choses de l’intelligence et de la morale ? Pourquoi le proverbe Rien de nouveau sous le soleil semble-t-il exclusivement réservé aux recherches métaphysiques ? »

chapitre IV, Que la propriété est impossible

« Voilà précisément en quoi consiste le monopole du propriétaire, que n’ayant pas fait l’instrument, il s’en fait payer le service. »

« Le propriétaire prête au travailleur ce qu’il en a reçu de trop ; et ce trop-perçu, qu’il devrait rendre, lui profite à nouveau sous la forme de prêt à intérêt. Alors les dettes s’accroissent indéfiniment ; le propriétaire se lasse de faire des avances à un producteur qui ne rend jamais, et celui-ci, toujours volé et toujours empruntant ce qu’on lui vole, finit par une banqueroute de tout le bien qu’on lui a prit. »

« […] quel que soit le nombre de fonctionnaires, la loi économique reste la même : Pour que le producteur vive, il faut que son salaire puisse racheter son produit. »

« Sous le régime de propriété, les fleurs de l’industrie ne servent à tresser que des couronnes funéraires : l’ouvrier qui travaille creuse son tombeau. »

« La grande plaie, la plaie horrible et toujours béante de la propriété, c’est qu’avec elle la population, de quelque quantité qu’on la réduise, demeure toujours et nécessairement surabondante. Dans tous les temps on s’est plaint de l’excès de population ; dans tous les temps la propriété s’est trouvée gênée de la présence du paupérisme, sans s’apercevoir qu’elle seule en était cause : aussi rien n’est plus curieux que la diversité des moyens qu’elle a imaginés pour l’éteindre. L’atroce et l’absurde s’y disputent la palme. »

« Malthus, qui a si savamment prouvé que la population croît dans une progression géométrique, tandis que la production n’augmente qu’en progression arithmétique, n’a pas remarqué cette puissance paupérifiante de la propriété. Sans cette omission, il eût compris qu’avant de chercher à réprimer notre fécondité, il faut commencer par abolir le droit d’aubaine, parce que là où ce droit est toléré, quelles que soient l’étendue et la richesse du sol, il y a toujours trop d’habitants. »

« […] il me semblerait digne d’une nation intelligente d’aller au-devant d’une révolution inévitable, plutôt que de s’y laisser traîner au char de l’inflexible nécessité. »

« La propriété est impossible, parce que sa puissance d’accumulation est infinie et qu’elle ne s’exerce que sur des quantités finies. »

chapitre V, Exposition psychologique de l’idée

« La science de la société, comme toutes les sciences humaines, sera à tout jamais inachevée : la profondeur et la variété des questions qu’elle embrasse sont infinies. »

« Toute royauté peut-être bonne, quand elle est la seule forme possible de gouvernement ; pour légitime, elle ne l’est jamais. Ni l’hérédité, ni l’élection, ni le suffrage universel, ni l’excellence du souverain, ni la consécration de la religion et du temps, ne font la royauté légitime. Sous quelque forme qu’elle se montre, monarchique, oligarchique, démocratique, la royauté, ou le gouvernement de l’homme par l’homme, est illégale et absurde. »

« A mesure que la société s’éclaire, l’autorité royale diminue : c’est un fait dont toute l’histoire rend témoignage. »

« Un parleur est un timbre sonore, à qui le moindre choc fait rendre un interminable son ; chez le parleur, le flux du discours est toujours en raison direct de la pauvreté de la pensée. Les parleurs gouvernent le monde ; ils nous étourdissent, ils nous assomment, ils nous pillent, ils nous sucent le sang et se moquent de nous ; quant aux savants, ils se taisent : s’ils veulent dire un mot on leur coupe la parole. Qu’ils écrivent. »

« VIII. L’association libre, la liberté, qui se borne à maintenir l’égalité dans les moyens de production, et l’équivalence dans les échanges, est la seule forme de société possible, la seule juste, la seule vraie.
IX. La politique est la science de la liberté : le gouvernement de l’homme par l’homme, sous quelque nom qu’il se déguise, est oppression ; la plus haute perfection de la société se trouve dans l’union de l’ordre et de l’anarchie. »

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